Questions parlementaires

Le nouveau passeport luxembourgeois : en retard, bloqué au portique et convoité par Washington

Sept ans de questions parlementaires sur le passeport luxembourgeois : un passeport valable dix ans arrivé avec des années de retard, des puces que certains portiques ne lisent pas et une pression américaine sur les données biométriques des Européens.

3 min de lecture
Sven Clement à la tribune lors d’une séance plénière de la Chambre des Députés

Je n’ai pas rencontré le problème moi-même. Mon passeport est encore un « ancien », et comme je voyage le plus souvent avec ma fille, je passe de toute façon par le guichet d’un agent. Mais depuis l’arrivée du nouveau passeport valable dix ans en mai, j’entends toujours la même histoire : le portique automatique ne s’ouvre pas, ou la demande ESTA pour les États-Unis refuse le passeport.

Un passeport est le produit numérique le plus élémentaire d’un État : une puce, une chaîne de certificats et une base de données, reliées dans un carnet. Si nous n’y arrivons pas, la « nation numérique » n’est qu’un slogan.

Sept ans de questions

Je pose des questions sur notre passeport depuis mon premier mandat :

  • 2019 : des chercheurs présentent des failles de sécurité du passeport biométrique luxembourgeois. À ma question, le ministère répond n’avoir pris connaissance de leurs conclusions qu’après leur conférence publique (QP 1254).
  • Janvier 2026 : le passeport valable dix ans, promis pour 2025, n’a toujours pas de date. Le gouvernement invoque la complexité des marchés publics et de la sécurité, et ajoute qu’un problème de durabilité de la puce a été résolu (QP 3517).
  • Mai 2026 : le nouveau passeport est enfin lancé.
  • Septembre 2026 : des voyageurs signalent que la puce de certains nouveaux passeports n’est pas lue par des portiques automatiques ou par ESTA. J’ai demandé au gouvernement d’expliquer ce qui ne va pas (QP 4708). La réponse se fait attendre.

Selon Paperjam, la première ligne officielle est que ce sont les lecteurs à l’étranger qui posent problème, pas notre passeport. Peut-être. Mais un passeport qui ne fonctionne pas là où les gens s’en servent n’est pas une réussite, quel que soit le responsable. Les citoyens ont le droit de savoir combien de passeports sont concernés, quels pays et quels systèmes, et s’il existe une solution, ou au moins des conseils clairs, avant les prochaines vacances.

Qui reçoit nos données biométriques ?

Le même dossier a un second volet, plus discret.

Les États-Unis veulent que les pays européens partagent des données biométriques dans le cadre de leur « Enhanced Border Security Partnership ». En juillet, le gouvernement m’a répondu qu’il n’avait pas encore reçu le texte final et qu’il insisterait sur la nécessité, la proportionnalité et la réciprocité (QP 4507).

Les demandes de visa pour le Luxembourg sont traitées par un prestataire privé, VFS Global. Le gouvernement a confirmé que les données des demandeurs peuvent être stockées dans l’UE, à Londres ou à Mumbai, sous contrat, et que des inspections ont eu lieu (QP 4590).

« Insister sur la proportionnalité » est une position de négociation, pas une garantie. Avant que le Luxembourg ne signe quoi que ce soit qui ouvre nos données biométriques à un autre pays, la Chambre doit voir le texte et pouvoir se prononcer.

Mes prochaines questions

  • Combien de titulaires du nouveau passeport ont été concernés, dans quels pays et sur quels systèmes ?
  • Le gouvernement publiera-t-il des conseils pratiques pour les voyageurs en attendant une solution ?
  • La Chambre verra-t-elle le texte de tout accord de partage de données biométriques avec les États-Unis avant sa signature ?

Aidez-moi à documenter le problème

Si votre nouveau passeport a été refusé à un portique automatique ou par ESTA, dites-moi où et quand. Chaque cas concret rend la prochaine réponse plus difficile à esquiver.


Partager l’article